Qu’est-ce que la philosophie antique ? – Pierre Hadot

hadot2Pierre Hadot (1922 – 2010) – Qu’est-ce que la philosophie antique ?

L’ouvrage entend présenter les principaux traits de la philosophie antique qui se caractérise avant tout par une pratique collective au sein d’écoles proposant chacune un choix de vie sous-tendu par un discours.

 

Résumé – Qu’est-ce que la philosophie antique ? – Pierre Hadot

PREMIERE PARTIE – La définition platonicienne du philosophe et ses antécédents

I – La philosophie avant la philosophie – Les premiers penseurs grecs apparurent en Asie mineur, au VIsiècle avant notre ère. Aux mythes expliquant la création du monde, des hommes et de la cité par la lutte entre des entités personnifiées, ils substituèrent des théories rationnelles invoquant la confrontation de réalités physiques. Les hommes n’étaient désormais plus reliées aux dieux mais à l’ordre universel. Historia, l’enquête, désigne la démarche intellectuelle de ces penseurs ; phusis, le processus créateur du monde. Chez Platon la phusis n’est pas un principe d’évolution mais l’âme en tant que principe premier, antérieur à tout.

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Dans la Grèce d’Homère les jeunes nobles recevaient un enseignement destiné à leur inculquer l’aretê, l’excellence morale et physique requise par leur rang. Au Ve siècle, avec l’essor de la démocratie, il s’agissait d’acquérir les qualités physiques et spirituelles nécessaires à l’exercice de la politique et, avant tout, la maîtrise du langage. A cette époque apparurent les sophistes qui proposaient dans leurs écoles, contre rémunération, d’enseigner l’art de convaincre, de défendre indifféremment un point de vue ou son contraire par des techniques de discours mais aussi par la séduction de l’auditoire que permet la culture générale.

II – L’apparition de la notion de philosopher – Bien qu’il ait pu exister antérieurement, le mot philosophie apparut pour la première fois sous la plume de Hérodote, au Ve siècle, pour qualifier Solon, un homme d’expérience qui avait voyagé et s’adonnait à la sagesse, la sophia. Le sens de ce mot évolua beaucoup de la Grèce d’Homère à celle de Périclès, désignant successivement un savoir-faire concret, un art lié à de bonnes dispositions ou à une grâce divine, la parole du poète inspiré par les Muses capables de changer les cœurs, jusqu’à la pratique de l’ensemble des activités de l’esprit incluant le discours, les arts et les sciences, dont les Athéniens du Ve siècle étaient si fiers, ainsi que la sagesse dans l’objectif de savoir faire le bien.

III – La figure de Socrate – Socrate inspira des philosophes aux pensées très diverses : Platon, Aristippe de Cyrène ou Antisthène. Si Platon en rapporte l’image la plus précise, il est difficile de dissocier, dans ses dialogues, sa propre pensée de celle de Socrate qui restera historiquement à jamais un inconnu.

Socrate affirmait que la seule chose qu’il savait était qu’il ne savait rien. Il n’avait donc rien à apprendre aux autres. Dans la position du candide et questionnait ses interlocuteurs de telle façon qu’ils prennent conscience que ce qu’ils croyaient savoir était sans fondement. Prétendant qu’il voulait apprendre d’eux, il les mettait face à leurs contradictions et à leurs erreurs, les invitant à être, plutôt qu’à s’occuper de leur fortune. Par son magnétisme, par l’exemple qu’était sa vie, Socrate invitait chaque homme à accoucher son esprit du savoir et de la vérité qui étaient en lui et à passer de l’individualité à l’universalité.

Le non-savoir de Socrate ne portait toutefois que sur la théorie. Il avait trouvé, en lui, la connaissance de la valeur supérieure de l’intention morale, du bien moral et du mal moral. Il invoquait un daimôn, une voix intérieure, une conscience, qui lui indiquait comment agir moralement. Socrate croyait en un désir inné de chaque homme de faire le bien. Sa conception du rôle du philosophe était donc de faire prendre conscience de son égarement à celui qu’il voyait mal agir. Il ne s’intéressait pas tant au contenu de la morale qu’à la volonté de faire le bien, guidée par un constant examen de sa vie. Il n’accordait pas d’importance aux conséquences de sa conduite et ne voyait pas la mort comme un mal puisqu’il ne la connaissait pas.

Si Socrate contestait certaines valeurs ayant cours à Athènes, il n’en était pas moins impliqué dans la vie de la cité : il avait femme et enfants, participait à des campagnes militaires et accepta même sa condamnation à mort sans tenter de s’y soustraire. Se considérant comme un don de la divinité à la cité, son souci de soi, qui le conduisait à examiner sa vie, était aussi un souci de l’autre qu’il cherchait à rendre meilleur.

IV – La définition du philosophe dans Le Banquet de Platon – Platon fait évoluer dans Le Banquet le sens du mot philosophie jusqu’alors assimilé à la culture générale dispensée par les sophistes. Le dialogue a lieu lors d’un banquet donné par un poète pour fêter une récompense littéraire. Les convives doivent faire un discours sur le thème de l’Amour. Ils prononcent des éloges d’Eros et de Socrate. Progressivement il apparait que Eros et Socrate personnifient la philosophe, l’un sur le plan mythique, l’autre sur le plan historique : Eros, l’Amour, fils de Pénia, la pauvreté, et de Poros, l’expédient, compense son indigence par sa robustesse et sa vivacité d’esprit, à l’instar de Socrate qui, pauvrement vêtu et les pieds nus, supporte le froid et les privations grâce à des dispositions physiques, un esprit et des qualités de beau parleur. Tous deux désirent ce qu’ils n’ont pas, Eros l’amour, Socrate la sagesse. Mais puisque l’Amour est amour de la beauté et que la sagesse est belle, Eros est, comme Socrate, un philosophe, conscient qu’il n’a pas atteint son but. Socrate apparait comme un homme différent, un daimôn, mélange de divinité et d’humanité, vivant dans le monde mais capable de méditer une journée entière, heureux dans l’abondance comme dans la privation.

Dans le discours qu’il prononce au banquet, Diotime présente les sages et les non-sages dans une opposition de contradiction qui n’admet aucun intermédiaire. Un homme est sage ou ne l’est pas. En revanche, une opposition de contrariété, comprenant des degrés, sépare les non-sages entre eux, depuis les insensés qui ignorent leur non-sagesse, jusqu’aux philosophes tels Socrate qui sont guidés par l’idée de sagesse mais sans espoir de l’atteindre pleinement. Finalement seuls ceux qui sont à mi-chemin entre les insensés et les sages philosophent. Le philosophe est démystifié : c’est un déficient conscient de sa déficience.

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DEUXIEME PARTIE – La philosophie comme mode de vie

V – Platon et l’Académie – Selon Platon, l’amour de la sagesse, comme l’amour charnel, devait être fécond. Ainsi, la création de son école où la vie en commun permettait un enseignement par l’exemple et par la parole vivante, s’inscrivait dans son projet d’ensemencer les esprits, de former des hommes qui à leur tour enseigneraient les idées de vertu et qui pourraient, le moment venu diriger la cité.

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L’Académie accueillait des élèves choisis pour leurs capacités et des professeurs parmi lesquels de nombreux savants et scientifiques. Aristote y resta 20 ans. L’activité y était intense. On y inventa les bases du raisonnement mathématique consistant dans l’élaboration de théorèmes à partir de définitions et de postulats. On y pratiquait la dialectique, l’art de discuter deux à deux d’une thèse, l’un la défendant, l’autre l’attaquant, pour avancer vers le Logos, la raison universelle. Selon certains contemporains, Platon avait su unifier les qualités de dialogue de Socrate et les règles de vie de Pythagore, fondées sur les mathématiques.

L’enseignement était gratuit, les pensées diverses et la libre discussion la règle. Seul importait d’avoir choisi la vie philosophique : la recherche de la vie bonne par la maîtrise de soi, le renoncement aux plaisirs des sens et aux honneurs, en marge de la cité corrompue et du mercantilisme des sophistes. Pour y parvenir, les membres de l’Académie pratiquaient des exercices spirituels : méditer pour chasser de son esprit les idées violentes avant le sommeil, ne pas dormir plus que ce que la santé exige, accepter le malheur avec calme, se préparer à la mort en prenant conscience de la différence entre son corps mortel et son esprit dont on travaillait à l’élévation vers l’universel, le divin, le Logos.

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Le dialogue chez Platon est lié à la sublimation de l’amour : devant l’objet de son amour, la sagesse, le philosophe éprouve un élan vers la transcendance semblable à celui de l’âme devant la beauté d’un corps. Cette émotion lui donne la fécondité spirituelle qui prend la forme du discours philosophique et lui permet de la communiquer. La beauté de la sagesse devient une présence, analogue à celle de l’être aimé, qui l’accompagne dans chaque instant de sa vie, dépassant tout discours.

Platon considérait que le savoir, qu’il assimilait à la vertu, devait être découvert par chaque individu grâce au discours oral et aux échanges directs avec ses contemporains. Par l’écriture de dialogues il voulait avant tout former par l’exemple ses lecteurs aux exigences de la raison et aux vertus des échanges oraux permettent d’accéder, dans une expérience personnelle, sans pour autant les définir par des mots, aux Formes, objets immuables et non-sensibles, à la Raison, au Beau, au Bien.

Le modèle philosophique socrato-platonicien caractérisé par le choix d’un modèle de vie justifié par un discours s’est perpétué et a joué un rôle majeur dans l’antiquité.

VI – Aristote et son école – L’organisation du Lycée d’Aristote était comparable à celle de l’Académie. Elle s’en distinguait toutefois par son but qui était entièrement tourné vers la vie selon l’esprit et l’atteinte du bonheur par la contemplation, ou théoria. Selon Aristote, le discours philosophique est théorétique c’est-à-dire qu’il n’a d’autre fins que la connaissance elle-même, de façon désintéressée.

Le projet de l’école d’Aristote est de collecter des informations dans tous les domaines, scientifique, sportif, social pour identifier les règles et les causes des événements. Ainsi, l’étude de toute chose, même la plus répugnante, est légitime car elle contient une part de divin et permet par la connaissance de s’approcher de la béatitude divine par la contemplation. La vie théorétique vise ainsi un but pratique.

Aristote par ailleurs est conscient des limites du discours qui sont les suivantes :

  • le langage ne permet pas d’exprimer les choses indivisibles mais uniquement leurs agencements complexes : un point ne peut se définir que par la négation de son contraire, c’est-à-dire un espace de dimension nulle. Il en est de même de l’intellect premier qui est le principe du mouvement de toute chose,
  • l’auditeur doit avoir une connaissance préalable des choses évoquées par le langage pour le comprendre,
  • le langage ne conduit vers la vertu que ceux qui veulent s’en approcher. Il ne rend pas à lui seul vertueux.

Alors que pour Platon la philosophie doit former des hommes politiques, elle ne vise pour Aristote qu’à former des jugements politiques, le philosophe vivant en marge du tumulte de l’organisation de la cité.

VII – Les écoles hellénistiques – On a coutume de situer la période hellénistique entre l’avénement d’Alexandre le Grand en 336 et la mort de Cléopâtre en 30 avant notre ère. Il serait faux de croire les affirmations selon lesquelles cette époque présenterait un moindre intérêt que celle qui l’a précédée parce que le passage de la démocratie à l’Empire romain aurait conduit les philosophes à délaisser la politique pour ne plus s’intéresser qu’à la vie intérieure. Elle connut au contraire un extraordinaire développement des sciences à Alexandrie et une vive activité philosophique y compris dans le domaine politique. Toutefois, sa réputation a souffert de la destruction de nombreux ouvrages, conservés souvent en exemplaire unique, lors de la destruction de bibliothèques et notamment, à plusieurs reprises, de celle d’Alexandrie.

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Les philosophes qui accompagnèrent Alexandre dans son aventure ont rencontré de sages hindous, les sages nus ou gymnosophistes, chez qui certains ont trouvé la quintessence de leur propre doctrine. Toutefois, ces échanges ne semblent pas avoir eu une influence majeure sur la pensée de la période hellénistique, nourrie de l’héritage présocratique et socratique.

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Quatre écoles d’Athènes survécurent plusieurs siècles après leur fondation : l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote, la Stoa fondée par Zénon et refondée par Chrysippe, ainsi que le Jardin d’Epicure. Seules les trois premières étaient de tradition socratique. Leurs ressources provenaient de la fortune de leur fondateur, de bienfaiteurs et d’une cotisation très modique. Les professeurs n’étaient pas rémunérés. Les élèves étaient soit auditeurs soit disciples. Ces derniers prenaient leurs repas en commun avec le maître et habitaient parfois dans sa maison. A ces quatre écoles s’ajoutaient deux courants, sans dogme, ne disposant pas d’institutions d’enseignement : le scepticisme, ou pyrrhonisme, et le cynisme. Ils sont néanmoins considérés comme des philosophies en raison de l’existence relations de maître à disciples.

L’entrée dans une école philosophique avait pour point de départ un choix de vie, une conversion. Toutes considéraient la philosophie comme une thérapeutique visant la tranquillité de l’âme mais chacune se distinguait par un choix existentiel : La philosophie apparait comme une thérapeutique des soucis, des angoisses et de la misère humaine, misère provoquée par les conventions et les contraintes sociales, pour les cyniques, par la recherche des faux plaisirs, pour les épicuriens, par la recherche du plaisir et des intérêts égoïstes, selon les stoïciens, et par les fausses opinions selon les sceptiques. La méthode pédagogique des trois écoles de tradition socratique était avant tout orale. Le dialogue pouvait prendre une forme :

  • dialectique consistant pour le second interlocuteur à tenter de réfuter une thèse posée par le premier qui ne pouvait lui répondre que par oui ou par non,
  • rhétorique consistant à développer des arguments favorables ou défavorables à une thèse.

Les philosophies dogmatiques que sont l’épicurisme et le stoïcisme utilisaient également la méthode déductive consistant à partir de principes pour arriver aux conséquences. Elles demandaient en outre à leurs disciples de mémoriser et de garder à l’esprit des maximes constituant le noyau dur de la doctrine. Cette synthèse de l’essentiel de leur message leur donna un caractère missionnaire et populaire.

Examinons les doctrines qui s’ajoutèrent au platonisme et à l’aristotélisme.

Le cynisme – Le mode de vie cynique est apparu vers la moitié du IVe siècle. Le cynique, dont Diogène est la figure emblématique, a propos duquel Platon aurait dit : c’est Socrate devenu fou, refuse de toute forme de confort, de luxe et de respect de conventions sociales. Il entraîne son corps à supporter la faim, la soif, le froid, le mépris afin d’acquérir une force intérieure lui permettant de faire face à toutes les situations. Ainsi, il est libre et connait la paix de l’esprit.

Le pyrrhonisme – Contemporain de Diogène, ayant accompagné Alexandre dans son expédition en 334, Pyrrhon défend l’indifférence envers tout, considérant que les jugements de valeur sont fondés sur des conventions. L’indifférence est ainsi la valeur absolue de cette pensée. La pratique de la méditation vise à se dépouiller des fausses valeurs et de retrouver un état de simplicité premier, antérieur à ces distinctions.

L’épicurisme – Fondée en 306, l’école d’Epicure invite à délivrer la chair de sa souffrance pour lui permettre d’atteindre le pur plaisir d’exister. La chair, comprise comme sujet de la douleur et du plaisir, constitue le point de départ de sa philosophie.

L’épicurisme considère que l’homme n’est mu que par la recherche de son plaisir et de son intérêt. Il distingue les plaisirs en mouvement, flatteurs mais insatiables qui se transforment vite en souffrances, du plaisir stable résultant de l’atteinte d’un état d’équilibre où la souffrance a disparu. Pour y parvenir, il est nécessaire de pratiquer une ascèse des désirs et de distinguer :

  • les désirs naturels et nécessaires tels que boire, manger, se protéger du froid,
  • les désirs naturels et non-nécessaires tels que le désir sexuel ou celui de manger des mets fins,
  • les désirs non-naturels et non-nécessaires tels que la recherche de la richesse, des honneurs et de la gloire,

de supprimer les désirs non-naturels et non-nécessaires, de limiter au maximum les désirs naturels et non-nécessaires pour se limiter à la satisfaction des désirs naturels et nécessaires.

Selon les épicuriens, la crainte de la mort et des dieux menace également le bonheur humain. La physique épicurienne permet de s’en affranchir : l’univers est constitué d’atomes qui tombent en ligne droite dans le vide. Certains d’entre eux, par hasard, dévient de leur trajectoire. Ils entrent en interaction avec d’autres atomes produisant de la matière. Nous vivons dans un monde ainsi créé. Les dieux existent, certes, comme le prouve la prescience que nous en avons, mais ils n’ont pas créé le monde et ne s’en occupent pas. De telles interactions seraient contradictoires avec leur nature parfaite. Ils ne sont donc pas à craindre. Ils ne font que jouir de leur existence et de leur perfection, représentant en cela le modèle du sage épicurien. Epicure était lui-même considéré par ses disciples comme un dieu parmi les hommes. En ce qui concerne la mort, désagrégation des atomes qui constituent notre corps et notre âme, elle ne s’accompagne d’aucune souffrance puisque sa survenue correspond à notre disparition. La mort n’est rien pour nous.

L’enseignement épicurien doit être médité et pratiqué collectivement. La relation entre maître et disciple est personnelle et la parole ouverte. Le maître ne craint pas de critiquer celui qui s’égare et le disciple reconnait ses fautes dans l’exercice de la confession fraternelle. Parmi les sentences synthétisant le dogme que le disciple doit se répéter, celles du quadruple remède sont les plus célèbres : les dieux ne sont pas à craindre, la mort n’est pas à redouter, le bien est facile à acquérir, le mal est facile à supporter.

L’épicurisme est donc un art de jouir des plaisirs stables de l’âme et du corps : plaisirs de la connaissance, de la discussion, de la vie commune, du caractère merveilleux de l’existence : L’existence doit d’abord être considérée comme un pur hasard, pour pouvoir être vécue totalement comme une merveille unique. Il faut d’abord bien réaliser que l’existence, inexorablement, n’a lieu qu’une fois, pour pouvoir ensuite la fêter dans ce qu’elle a d’irremplaçable et d’unique (E. Hoffmann).

Le stoïcisme – Fondé par Zénon à la fin du IVe siècle, l’école stoïcienne enseigne que le malheur vient de ce que l’homme poursuit des buts dont l’atteinte ne dépend pas de lui et que la seule chose sur laquelle il peut agir est sa volonté de faire le bien et d’être en cohérence avec lui-même. Le stoïcisme fait donc de la vertu son choix fondamental et propose un accès au bonheur ouvert à tous, contrairement à l’élitisme de Platon.

La doctrine stoïcienne s’accompagne d’une physique. Alors que pour les épicuriens le monde est un assemblage d’atomes fortuit et passager, la physique stoïcienne décrit le monde comme un Tout matériel dont chaque homme est un fragment, régi par des lois rationnelles, et où les événements sont soumis au principe de causalité. Ainsi, compte tenu de ces lois, notre Univers est le seul possible et les événements qui s’y déroulent sont inévitables. Toutefois, la raison humaine permet à l’individu de donner du sens aux choses et aux actions qu’elle produit.

Notre connaissance résulte, d’une part, des représentations objectives des choses du monde qui ne dépendent pas de nous, d’autre part, d’un discours intérieur dont nous sommes responsables. Devant un danger, la sagesse stoïcienne invite à se décrire de façon factuelle et objective la situation, à ne pas être terrorisé mais à considérer le caractère inéluctable de l’événement qui n’est en soi ni bon ni mauvais. Ainsi, la vie et la mort, la richesse et la pauvreté, le plaisir et la souffrance sont indifférents puisqu’inéluctables. Il nous appartient même de vouloir et d’aimer, tels qu’ils se produisent, les événements qui sont hors de notre contrôle et qui ne sont ni bien ni mal, tout bien étant un bien moral et tout mal étant un mal moral.

La théorie morale stoïcienne est la théorie des devoirs. Elle consiste à agir selon la volonté de la nature comprise comme l’intérêt de la communauté humaine. Le stoïcien aime sa famille, protège sa patrie, s’investit dans la vie publique. Mais il agit sous réserve c’est-à-dire en sachant que le résultat de son action ne dépend pas que de lui et qu’elle peut très bien échouer

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Au cours de la période hellénistique, l’aristotélisme devint un mouvement de savants, dans toutes les disciplines. L’Académie de Platon renoua avec la tradition socratique lorsque Arcésilas en pris la direction en 276. Comme Socrate, il n’écrivit rien, tentant de montrer par le dialogue que toute théorie présentait des incohérences et par suite que le savoir absolu était impossible à détenir. Ses successeurs enseignèrent la nécessité d’adapter son action à la situation sans être prisonnier d’un dogme. Enfin, le scepticisme évolua vers l’élimination complète de discours philosophique, y compris sceptique, et prôna le retour à une vie simple au quotidien, avec comme seul règle la suspension du jugement, rappelée par des phrases courtes : pas plus ceci que cela, tout est indéterminé, tout échappe à la compréhension, je suspends mon jugement.

VIII – L’époque impériale – Au début de l’Empire Romain, platonisme, aristotélisme, stoïcisme et épicurisme existaient toujours mais seules les institutions d’enseignement des épicuriens avaient survécu. Le platonisme et l’aristotélisme fusionnèrent dans le néoplatonisme. Lors des deux premiers siècles de l’ère chrétienne de nombreuses institutions d’enseignement de la philosophie virent le jour. Mais les choses avaient changé. Il s’agissait désormais principalement de lectures collectives et de commentaires de textes classiques. On ne dissertait plus sur des questions philosophiques mais sur la façon dont tel auteur de référence abordait ces questions. La scolastique chrétienne serait l’héritière de cette nouvelle approche. La légitimité du commentaire se déduit de la conception de la vérité : des notions innées auraient été déposées en chaque individu par la Raison universelle et complétées par des révélations divines faites à certains hommes inspirés au sein de tous les peuples. Il était logique d’interpréter ces révélations.

La philosophie au IIe siècle vise l’élévation de l’esprit par la lecture de textes dans un ordre précis, pour s’initier à l’éthique, à la physique et, enfin, à la métaphysique ou époptique qui permet d’aborder les questions du divin. La pratique du dialogue entre le maître et le disciple se poursuit, en parallèle de l’activité de commentaire. Le maître assure alors le rôle de directeur de conscience en plus de celui d’enseignant. Dans ce contexte, des écoles d’inspiration pythagoriciennes apparurent au début de l’ère chrétienne pour essayer de faire revivre le choix de vie fondée sur l’abstinence, l’ascèse et le travail des chiffres.

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Les néoplatoniciens, dont Plotin et son élève Porphyre sont les principaux représentants, invitent, comme Aristote, à vivre selon l’esprit. Pour changer sa vie, les connaissances ne doivent pas être accumulées mais assimilées. Le strict nécessaire doit être donné au corps pour consacrer son énergie à retrouver son véritable moi, la part de l’Intellect divin dont notre intelligence est un fragment. Plotin est parvenu quatre fois à s’unir à l’Intellect divin et relate chaque expérience comme une plénitude de joie.

Plotin définit plusieurs niveaux de réalité dont l’accès nécessite un certain mode de vie. D’abord, grâce à l’ascèse, il faut sculpter sa propre statue, c’est-à-dire se débarrasser de son âme irrationnelle influencée par les passions du corps pour ne conserver que l’âme raisonnable. Plotin constate alors que pour penser, il faut à l’âme un cadre plus large qui rend possible cette pensée qu’il nomme Intellect, comme Aristote avant lui. Puis, au-delà de l’activité de l’âme raisonnable et du discours, le moi doit s’unir à l’Intellect, s’identifier à lui, se débarrasser de l’individualité liée à l’âme et au corps et devenir l’Intellect compris comme l’unification de toutes les Idées et les Formes pures. Les particularités qui caractérisent un individu l’éloigne du Tout. S’en débarrasser permet un retour vers le Tout. Mais l’Intellect ne fait que dériver d’une unité première et absolue, l’Un, que le discours philosophique ne peut pas de définir et auquel seule l’expérience permet d’accéder par la sensation de l’assimilation à l’Intellect, suivie d’un épanouissement, d’une intensification de soi qui permet de ressentir la Présence antérieure à toute chose. Le discours philosophique ne permet pas de décrire ces expériences mystiques mais d’indiquer la direction de l’Un d’où part le rayonnement de l’Intellect et d’atteindre cette source. Sur ce rapport entre le discours et l’expérience, Plotin dira Quand on dit « Dieu » sans pratiquer réellement la vertu, « Dieu » n’est qu’un mot. Ainsi, le discours philosophique ne peut remplacer l’expérience morale.

Après Plotin, les néoplatoniciens poursuivirent le travail de synthèse des doctrines de Platon et d’Aristote en y ajoutant la pratique de la théurigie, discipline proche de la magie visant à purifier son corps par des rites mystérieux fixés par les dieux, afin de pouvoir les contempler. Ainsi, alors que Plotin pensait que l’âme humaine était en contact avec l’Intellect et que l’individu pouvait, au moyen d’une ascèse, en prendre conscience et en jouir, ses successeurs considérèrent que ce contact nécessitait des pratiques matérielles et une intercession divine, rejoignant en cela le christianisme et ses sacrements à qui pourtant ils s’opposaient.

XI – Philosophie et discours philosophique – Philosophie et discours philosophique entretiennent des rapports complexes. Ils sont tout d’abord incommensurables dans la mesure où :

  • la qualité de philosophe ne dépend ni de l’originalité, ni de la complexité du discours mais à sa conduite,
  • ni l’expérience philosophique vécue ni l’expérience mystique évoquée par Plotin ne sont inexprimables par des mots,

mais aussi inséparables puisque :

  • le discours permet de définir un cadre, comprenant souvent une physique et une éthique, dans lequel le philosophe inscrit son choix de vie,
  • le discours permet d’agir sur soi et sur les autres : par exemple, les maximes qui résument les doctrines épicurienne ou stoïcienne permettent au disciple de se changer et touchent aussi un large public,
  • l’échange oral fait partie intégrante de la vie philosophique telle qu’elle se pratique dans les écoles et fonde la relation entre maître et disciples.

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Les connaissances des exercices spirituels des écoles présocratiques sont fragmentaires et ont donné lieu à des hypothèses fantaisistes, allant du chamanisme à la remémoration de vies antérieures. De façon plus vraisemblable, il semble que Pythagore invitait ses élèves à se remémorer les journées passées à titre d’exercice de mémoire et d’examen de conscience. Démocrite recommandait quant à lui de limiter l’ambition de ses actions à ses capacités, supposant une connaissance préalable de soi-même. Antiphon, expert en psychologie, soignait les chagrins et les peines par la parole.

Les exercices spirituels pratiqués pendant la période hellénistique sont mieux connus. Sur le modèle de l’athlète, le philosophe est invité à renforcer son physique et sa volonté en habituant son corps à l’inconfort et en se remémorant en permanence les dogmes de son école :

  • les platoniciens s’exercent à renoncer aux plaisirs des sens et à vivre dans la frugalité. Ils pratiquent l’exercice de la mort, conçue comme séparation de l’âme et du corps, afin de prendre conscience du moi pur et, comme Plotin le dira plus tard, sculpter sa propre statue,
  • les stoïciens travaillent à se détacher des choses qui ne dépendent pas de l’individu. Ainsi, Marc-Aurèle s’exerce à exclure de sa pensée les événements inéluctables du destin ainsi que les passions liées aux événements passés et futurs, afin de consacrer toute son attention au présent où l’action est possible. Sans pour autant ignorer le passé ni le futur, il refuse les regrets stériles ou les faux espoirs. Dans la mesure où la mort peut frapper à tout instant, le stoïcien réalise chaque action comme si elle était la dernière. Ainsi délivré de l’angoisse du future, il considère chaque nouvelle journée comme un don.
  • les épicuriens visent le plaisir pur par la satisfaction des seuls désirs naturels et nécessaires. Comme les stoïciens, ils recherchent une prise de conscience du moi débarrassé des inquiétudes du futur grâce à l’idée que la mort ne nous concerne pas et qu’elle n’est, en particulier, pas susceptible de remettre en cause le plaisir obtenu, par nature intemporel, puisqu’elle est non-être et non une modalité de l’être.

L’examen de conscience, popularisé par le christianisme, est pratiqué par toutes les écoles. Il consiste à examiner sa conduite régulièrement afin de la modifier en utilisant sa raison. Platoniciens et stoïciens examinent leurs rêves alors que les épicuriens pratiquent la confession fraternelle. Les stoïciens romains inventeront le concept de tribunal intérieur de la conscience.

En complément de ces exercices orientés vers la concentration sur soi, les écoles proposent également d’embrasser par l’esprit l’ensemble du cosmos. Pour les épicuriens, il s’agit de contempler par la pensée l’infinité des univers qui coexistent ; pour les stoïciens, l’infinité du temps où évolue notre Univers unique dans lequel se reproduisent toujours les mêmes événements. Cet exercice permet un recul qui montre à quel point notre monde est petit, combien sont dérisoires les événements qui s’y déroulent ainsi que les ambitions de gloire, d’honneurs, de luxe et de richesses. L’exercice de la mort dont cette prise de distance constitue une des modalités est ainsi, depuis Platon, l’essence même de la philosophie.

Parmi les exercices spirituels, la pratique de la physique fait partie des moyens d’élever l’âme par des observations qui dépassent les événements mesquins de la vie. Pour les épicuriens, la physique éloigne la peur des dieux et de la mort. Les stoïciens l’intègrent à leur pensée par la conviction que chaque homme fait partie de l’univers dans lequel son destin est inscrit depuis toujours ; prenant conscience de ce lien, le philosophe se met à aimer son destin, quel qu’il soit, en et peut légitimement se sentir égal au grand Tout.

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Le rapport aux autres occupe une place centrale dans la philosophie antique. Tout d’abord, chaque école propose une éducation morale. Les platoniciens et les aristotéliciens la destinent aux législateurs et aux gouvernants, les épicuriens et les stoïciens à chaque individu. Le second aspect du rapport à autrui consiste dans la direction spirituelle qu’exerce le maître sur le disciple. Cette relation, faite à la fois fermeté et de bienveillance, ne comporte aucune obligation pour le disciple qui se soumet de son plein gré au jugement du maître dont le but est de guérir les âmes par amour des hommes.

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Dans chaque école, le sage est la figure transcendante vers laquelle chacun doit tendre. Son savoir n’est pas fait d’informations sur la réalité du monde mais sur la vertu. Il est cohérent avec lui-même en toute circonstance et atteint le bonheur, la sérénité et la force par la mise en pratique parfaite de ses enseignements. Toutes les écoles reconnaissent que les sages sont très peu nombreux et que la figure théorique du sage est avant tout utile à l’exposé de sa doctrine. Le sage, réel ou imaginaire, est mortel, mais indemne de la corruption du monde, mène une vie proche de celle des dieux.

Si Socrate est universellement reconnu comme sage, chaque école dispose d’une conception particulière. Les épicuriens voient en Epicure un dieu parmi les hommes. Chez Platon, dont la définition de Dieu est diffuse et complexe, le sage va dans la direction du bien de la même façon que Dieu. Selon Aristote, la condition d’humaine du sage ne lui permet d’accéder au bonheur de la vie de l’esprit et de s’approcher du divin que de façon intermittente. Plotin voit le sage se hisser à de rares moments au niveau de l’Intellect divin. Il connait alors pour peu de temps l’indépendance, l’absence de besoin et l’identité avec soi-même. Chez les stoïciens, enfin, le sage est celui qui parvient à faire coïncider sa raison et son vouloir avec la raison et le vouloir divins. Il veut que ce qui arrive arrive tel qu’il arrive. Le monde naturel décrit par Zénon dans sa République est peuplé de sages guidés par la raison. Les lois y sont donc inutiles. Le sage antique est ainsi intégré au cosmos, dégagé du poids des événements et des soucis des simples hommes qu’il s’emploie à guider.

Résumé – Qu’est-ce que la philosophie antique ? – Pierre Hadot

TROISIEME PARTIE – Rupture et continuité. Le Moyen Age et les temps modernes

 X – Le christianisme comme philosophie révélée – Dans le monde grec, le christianisme fut considéré comme une philosophie du fait de l’ambigüité du mot Logos : utilisé dans l’Evangile de Jean dans le sens hérité de la tradition juive de parole créatrice, le Logos fut compris par les Grecs, selon leur propre tradition, comme la raison. La présentation du christianisme dans une forme intelligible à l’esprit gréco-romain par les apologistes du IIe siècle, tels que St Justin, lui permit bientôt de revendiquer le statut non plus d’une philosophie mais de la philosophie : les philosophies profanes détenaient des fragments du Logos mais le christianisme était la raison parfaite incarnée dans le Christ. Il emprunta alors plusieurs pratiques aux écoles philosophiques grecques : l’union d’un discours et d’un mode de vie, l’exégèse des textes fondateurs, des exercices spirituels tels que l’examen de conscience. Comme les stoïciens ou les Epicuriens, les chrétiens se remémoraient les principaux points de doctrine au moyen des Apophtègmes constitués, comme pour la philosophie profane, des paroles des maîtres et grâce aux Kephalaia, sentences rappelant les points capitaux. En outre, christianisme, platonisme et stoïcisme présentent de nombreux points communs : l’invitation au détachement des biens matériels, les exercices de séparation du corps et de l’âme ou le désir de ce qui advient tel qu’il advient comme l’avait formulé Epictète dans son manuel : Ne cherche pas à ce que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veuille que ce qui arrive arrive comme il arrive, et tu sera heureux.

Au IVe siècle en Egypte et en Syrie se développa le monachisme visant, par l’ascèse et la méditation, la paix de l’âme, l’attention portée à soi-même, la vie selon à la nature et à la raison. L’inspiration des philosophies profanes était ici encore très visible.

Mais les emprunts du christianisme s’inscrivaient dans un ensemble plus vaste de pratiques spécifiquement chrétiennes : l’esprit de la vie monastique impliquant l’humilité et la soumission à Dieu ; l’ascèse et l’exercice de la mort comme imitation de la passion et de la mort du Christ. Certains textes de la Bible furent même interprétés en vue de justifier l’appropriation d’exercices spirituels profanes.

Augustin d’Hippone analysa les similitudes entre platonisme et christianisme qui consistaient principalement dans l’invitation à détourner son regard des images sensibles pour ce concentrer sur les vérités invisibles et immuables. Selon Augustin, la différence entre les deux doctrines tenait à ce que seul le christianisme avait été capable de convertir les masses et de transformer l’humanité. Nietzsche fera une analyse semblable en écrivant : le christianisme est un platonisme pour le peuple.

XI – Disparition et réapparition de la conception antique de la philosophie – La réduction de la philosophie au seul discours a débuté lorsque les Pères de l’Eglise ont utilisé les concepts de la philosophie antique, dépouillés de leurs implications relatives au choix de vie, au service de la théologie chrétienne. Puis, au XIIIe siècle les universités se développèrent au détriment des écoles monastiques. De nouveaux textes et commentaires d’Aristote furent également découverts, complétant l’héritage de la philosophie profane. L’enseignement universitaire de la théologie s’organisa alors autour de professeurs de philosophie commentant et interprétant les textes fondateurs sous l’éclairage de la pensée d’Aristote remise à l’honneur. L’organisation de l’enseignement ne permettait plus la transmission de l’aspect existentiel de la philosophie. La scolastique était apparue.

Le christianisme considère depuis que les choix existentiels proposés par la philosophie antique ne sont que des spéculations au regard de ses propres propositions qui constituent une méthode efficace de salut. L’enseignement moderne de la philosophie est l’héritier de l’université médiévale. Il ne s’adresse plus à chaque individu pour le transformer mais vise à lui faire assimiler une somme de connaissance. Le choix des programmes, la désignation des professeurs et les conditions de délivrance des diplômes sont décidés par l’institution dans laquelle s’intègre l’université, l’Etat ou une église, en fonction de ses intérêts et sans rapport avec une expérience vécue.

L’héritage de la conception antique de la philosophie a continué néanmoins à produire des effets. Certains philosophes chrétiens maintiendront l’alliance entre discours et mode de vie. Parmi eux Pétrarque, Erasme et Montaigne, selon sa formule : Notre grand et glorieux chef-d’œuvre est de vivre à propos. Kant, pour sa part, différenciera les concepts de :

  • philosophie scolaire ou scolastique des artistes de la raison, limitée à la spéculation et à la théorie pure,
  • philosophie cosmique, traitant de l’homme vivant parmi les hommes, incarnée dans l’idéal inaccessible du sage : On appelle conception cosmique de la philosophie celle qui intéresse chaque homme.

Kant affirme ainsi le primat de la raison pratique sur la raison théorique. Sa philosophie s’adresse à ceux qui éprouvent un intérêt pratique pour le bien moral.

XII – Questions et perspectives – Pierre Hadot nous livre que sa conception de la philosophie est fondée sur un primat de la raison pratique sur la raison théorique, sur le fait que le contenu d’une pensée est en interaction avec le choix de vie et, qu’en conséquence, la connaissance des philosophies antiques pratiquées et vécues est indispensable.

Une fois débarrassées de leurs éléments mythiques, ces philosophies permettent de prélever dans les enseignements de chaque école les matériaux nécessaires à un équilibre de vie. En outre, il est surprenant de constater que les philosophies traditionnelles de l’Inde et de la Chine présentent de fortes similitudes avec la philosophie gréco-romaine. Ces invariants dans l’espace et le temps tendent à montrer qu’il n’existe qu’un nombre fini de voies vers la sagesse.

Enfin, la lecture de la philosophie antique nécessite d’avoir à l’esprit que :

  • l’objectif est de former, transmettre un savoir-faire, une capacité de juger, non un savoir théorique,
  • le contenu d’une œuvre est liée à l’enseignement de l’école à laquelle son auteur appartient,
  • si certaines œuvres paraissent obscures, la plupart sont liées à des cours oraux qui ont été perdus,

et que sa découverte authentique nécessite de :

  • vivre sa philosophie sans se contenter du discours,
  • savoir que la vie philosophique est une recherche qui ne s’arrête jamais,
  • conserver le souci des autres qui a toujours guidé les philosophes antiques et considérer sans se résigner que chaque petite action dans le sens du bien est importante par le rayonnement qu’elle produit.

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