Economie du bien commun : la crise financière de 2008 – Jean Tirole

La crise financière de 2008 – Jean Tirole

Tiré de Economie du bien commun, les grands défis macro-économiques.

 

En 2008, des défaillances de marchés, des régulations inadaptées et non appliquées, un contexte favorable à la prise de risques ont rendu possible une crise que les autorités financières n’avaient pas prévue.

Elle fut le résultats de la conjonctions des éléments suivants :

  • des liquidités pléthoriques liées à des taux d’intérêt maintenus très bas par la Federal Reserve depuis plusieurs années,
  • une partie de cette liquidité ainsi que des surplus d’épargne des fonds souverains chinois et des Pays arabes investis sur des marchés financiers américains attractifs par la diversité des produits proposés,
  • l’absence de loi aux Etats Unis plafonnant les ratios emprunt/valeur du bien et remboursements/revenus,
  • des banques accordant des prêts immobiliers à des ménages modestes, souvent à des taux variables,
  • la multiplication de prêts non remboursés provoquant la mise en vente simultanée de nombreux biens et la chute des prix ne permettant pas aux banques de récupérer l’argent prêté,
  • la contamination de l’économie par la titrisation c’est à dire la revente massive des prêts à risques, par les banques qui les avaient accordés, à d’autres acteurs sous la forme de produits financiers complexes,
  • des évaluations complaisantes de la qualité de ces produits par les agences de notation, intéressées aux résultats des banques, ainsi que la cécité des superviseurs permettant à leurs acheteurs de contourner les exigences des accords de Bâle II en matière de fonds propres et de prendre des risques inconsidérés pour augmenter leurs bénéfices.

Finalement, le flou dans la séparation entre banques d’investissement et banques commerciales a conduit à sauver certaines banques d’investissement comme Bear Stern et à laisser sombrer Lehman Brothers.

Le premier héritage de la crise de 2008 est le niveau très bas des taux d’intérêt. Les Etats veulent en effet permettre aux PME, qui n’ont pas accès aux marchés financiers, de disposer des liquidités nécessaires à leur développement. Dans une logique Keynésienne, il faut alimenter les banques en liquidités à faible coût afin qu’elles puissent financer les PME. Pour cela, les Etats créent de la dette publique qui a vocation à être remboursée par les impôts futurs. Mais cette politique n’est pas sans conséquence. L’argent bon marché :

  • provoque la hausse des actifs tels que l’immobilier et les actions, rendant les riches plus riches,
  • favorise les bulles financières, la liquidité étant abondante,
  • Incite les institutions financières garantissant des rendements à leurs épargnants à prendre des risques pour respecter leurs engagements dans un contexte de taux bas.

Ces taux d’intérêts bas pourraient durer. En effet, après la crise de 2008, investisseurs et épargnants recherchent des actifs sûrs. Or, leur nombre s’est réduit. Ce déplacement d’équilibre entre l’offre et la demande se traduit par un prix élevé des actifs de bonne qualité qui, mécaniquement, n’offrent plus que de faibles rendements. Par ailleurs, l’incertitude économique, renforcée dans certains pays par l’inquiétude sur les retraites du fait de la baisse de la démographie, incite les ménages qui le peuvent à épargner, renforçant la demande de placements sûrs et la baisse de leur rendement.

Le second héritage de la crise de 2008 est la recherche de nouvelles régulations visant à proscrire les comportements nocifs. Ces dispositions destinées au seul secteur bancaire régulé portent sur :

  • la standardisation de produits tels que les contrats d’assurance contre des risques de change, de taux d’intérêts ou de défaillance de contreparties, et l’organisation de leurs échanges sur des marchés offrant une vision claire des expositions des institutions financières régulées aux risques des autres institutions,
  • le caractère contracyclique des exigences de fonds propres introduit par les accords de Bâle III. Ces fonds propres sont élevés en périodes de prospérité et réduits en cas de crise, lorsque la liquidité est nécessaire pour les PME qui sont financées par les banques,
  • la liquidité minimale dont doivent disposer les banques pour faire face à une crise,
  • des réflexions sur les nouvelles modalités de rémunération des cadres dirigeants des banques, par exemple en différant la part variable de leur revenu de 3 à 5 ans afin d’éviter les stratégies à court terme,
  • la régulation et la surveillance des agences de notation devenues des auxiliaires de la régulation, du point de vue méthodologique mais aussi des conflits d’intérêts auquels elles pourraient être exposées.

Malgré les réformes proposées lors des accords de Bâle III, le système financier reste vulnérable en raison :

  • d’une croissance mondiale en baisse,
  • des incertitudes sur la construction de l’Union Européenne,
  • des incertitudes sur l’économie chinoise,
  • de la forte exposition des pays émergeants au cours des matières premières,
  • de l’imbrication qui subsistent entre le secteur bancaire régulé et le shadow banking qui pourrait conduire les Etat à devoir renflouer des banques appartenant au secteur non régulé.

La crise de 2008 a été avant tout le résultat du laxisme des autorités de contrôle qui ont laissé les institutions financières prendre des risques inconsidérés. Il a été beaucoup reproché aux économistes de ne pas l’avoir prédite. En fait, comme un médecin sait identifier les facteurs favorisant une maladie sans connaître la date à laquelle elle va se déclarer, les économistes avaient identifié une situation propice à une crise financière sans pouvoir dire quand elle se produirait.

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