Economie du bien commun : A quoi sert la finance ? – Jean Tirole

A quoi sert la finance ? – Jean Tirole

Tiré de Economie du bien commun, les grands défis macro-économiques.

 

La finance fait objet de bien des polémiques. Pourtant, elle est un moyen indispensable  aux entreprises, aux ménages et aux Etats de disposer d’argent et de s’assurer contre différents types de  risques.

Elle permet notamment :

  • aux banques commerciales d’assurer leur mission d’intermédiation qui consiste à transformer les prêts à court terme, que constituent les dépôts des ménages, en prêts à long terme destinés aux PME,
  • aux grandes entreprises de s’autofinancer par l’émission de titres sur le marché obligataire ou des actions,
  • aux différents acteurs de l’économie de s’assurer grâce à des produits dérivés, tels que les swaps, contre les variations de taux de change ou d’intérêts, ou contre la défaillance d’un client ou d’un fournisseur.

Mais alors que la finance est censée favoriser la croissance et le développement économique, en 2008, certains produits financiers utilisés à mauvais escient se sont révélés toxiques :

  • les actions conjuguées d’intermédiaires financiers peu scrupuleux, d’élus en quête d’un nouveau mandat, et de responsables publics inexpérimentés ont conduit 1500 collectivités à contracter des emprunts à taux d’intérêt croissants ou indexés sur le cours du yen ou du franc suisse. Les comptes de ces collectivités, équilibrés lors de l’échéance électorale suivante, ont bien vite pâti de la hausse des taux d’intérêts et de celle des monnaies dont leurs emprunts suivaient le cours,
  • la titrisation, consistant dans la revente sous forme de produits financiers complexes d’emprunts à risques, a exposé de nombreux acteurs au défaut de payement de créanciers peu fiables.

Pour autant, ni les produits dérivés, ni la titrisation ne sont mauvais en soi. Ils nécessitent d’être utilisés dans des cadres précis. De même, la spéculation, tant décriée, est une pratique que nous réalisons tous lorsque nous tentons d’optimiser nos gains ou la valeur de nos biens. Elle devient nuisible lorsqu’elle s’appuie sur la manipulation de l’information comme dans le cas des délits d’initiés.

*

Une question fondamentale en matière de finance est de savoir si les marchés sont efficients, c’est à dire s’ils reflètent la vraie valeur des actifs. La réponse est non. Plusieurs phénomènes sont à l’origine d’écarts entre le cours et la valeur des actifs :

  • Les bulles financières se définissent comme une hausse du prix d’un actif au delà de sa valeur fondamentale déduite de la comparaison entre l’estimation des gains qu’il va générer et des taux d’intérêt du moment. Les objets d’art et l’or sont des exemples de bulles, l’utilité de l’actif étant sans lien avec son prix. L’apparition d’une bulle requiert trois conditions : des taux d’intérêt inférieurs au taux de croissance pour que les investisseurs puissent financer leurs achats, des actifs en quantité limitée, un horizon long.
  • la théorie de l’agence traduit la divergence entre intérêts particuliers et intérêts collectifs qui permet d’expliquer certains comportements à première vue irrationnels. Ainsi l’achat par des acteurs financiers d’obligations de l’Etat grec alors que ses capacités de remboursement étaient déjà douteuses ou l’achat de produits toxiques par Lehman Brothers au bord de la faillite s’expliquent par l’espoir de la Grèce et la banque d’affaires de se voir renflouées par les Etats et donc par le contribuable. Intérêt particulier contre intérêt collectif.
  • les paniques financières résultent d’une rationalité individuelle conduisant à une irrationalité collective. Sur la foi de prédictions ou de rumeurs, parfois auto réalisatrices, de nombreux acteurs agissent de façon identique et préjudiciable pour l’équilibre économique : retrait de dépôts d’une banque supposée en difficulté, hausse des taux d’interêt des prêts accordés à un Etat jugé peu fiable qui conduit  à une dégradation de sa capacité de remboursement…
  • l’irrationalité individuelle se traduit par des biais cognitifs donnant lieu des dénis de réalité, des pensées de groupe… auxquels la finance comportementale tente de trouver une logique.
  • les frictions sur les marchés se manifestent par la raréfaction voire la disparition des échanges lorsque les acteurs craignent les conséquences d’asymétries d’informations ou par la non intégration dans les cours d’informations détenues par des investisseurs ne disposant pas de fonds suffisants pour intervenir de façon significative.

Face aux possibilités de dérives et d’escroqueries, la régulation comporte deux volets :

  • la régulation des bourses d’échange destinée à protéger les investisseurs sur les marchés financiers contre les manipulations et les arnaques,
  • la régulation prudentielle destinée à :
    • protéger les créances des déposants, des épargnants et des assurés auprès des intermédiaires, fonds de pension et banques,
    • éviter l’effet domino généré par la faillite d’une institution financière,
    • éviter au contribuable d’être sollicité pour renflouer des banques ou rembourser les dépôts de moins de 100 000 euros.

Les banques dites commerciales ou de détail reçoivent des fonds de petits déposants et accordent des prêts aux PME. L’Etat garantit les dépôts qui y sont réalisés jusqu’à 100 000 euros mais impose en contrepartie un certain nombre de règles dans le cadre de la régulation prudentielle.

En revanche, les banques dites d’investissement ou banques d’affaires, sans petits déposants, s’occupent d’introductions en bourse, d’émissions de dettes pour les Etats ou de fusions acquisitions. N’ayant pas accès à l’argent public, elles ne sont pas soumises à ces règles de la régulation prudentielle.

La volonté de régulation des banques commerciales s’est concrétisée par les premiers accords de Bâle en 1988 : pour prévenir les risques de défaillance, les prêts devraient dorénavant être adossés à des fonds propres de la banque variant, selon le degré de risque du prêt, de 0 à 8 % de son montant. Les accords de Bâle II, entrés en vigueur en Europe entre 2006 et 2008, permirent plus de souplesse dans le calcul de ces fonds propres en contrepartie d’un contrôle plus strict par des superviseurs internationaux. En outre, le risque du prêt prendrait désormais en compte les évaluations d’agences de notation variant de AAA à D pour défaut.

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