Voyages d’un philosophe aux pays des libertés : la libéralisation des drogues au Colorado – Gaspard Kœnig

Voyages d’un philosophe aux pays des libertés : la libéralisation des drogues au Colorado.

Au Colorado, l’industrie du cannabis s’est organisée à grande échelle depuis 2014, année de la légalisation de sa culture, de son commerce et de sa consommation, hors des lieux publics et par des personne de plus de 21 ans.

Malgré des prévisions alarmantes, les autorités sont formelles : pas de recrudescence de sa consommation, baisse de moitié des arrestations liées au non-respect de sa législation, pas de transfert de trafic vers les drogues dures. Mieux encore, l’activité génère des recettes fiscales de 150 millions de dollars par an, utilisées pour des campagnes de prévention auprès des lycéens et des femmes enceintes ainsi que pour la recherche.

On peut néanmoins regretter que le Colorado ait interdit le secteur du cannabis aux individus ayant un casier judiciaire, excluant ainsi les petits trafiquants qui avaient le plus souffert de sa prohibition en effectuant de longs séjours en prison. La Californie, qui a légalisé le cannabis en 2018, a fait une autre choix : les peines liées à son trafic, sauf cas de violence, ont été effacées du casier judiciaire, permettant aux anciens dealers de trouver leur place dans le nouveau marché.

D’après les connaissances actuelles, le cannabis est moins addictif que le tabac et l’alcool, non directement cancérigène et il ne provoque pas de décès par overdose. En revanche, il peut générer des troubles psychiques, perturber les connexions nerveuses chez les jeunes et une perte de matière grise chez l’adulte. 

Compte tenu de ses faibles effets et des résultats obtenus dans les pays qui en on fait l’expérience, sa légalisation est facile à défendre. Mais qu’en est-il des autres drogues plus addictives ? On peut penser que les autoriser dans des quartiers spécifiques permettrait aussi de faire baisser la délinquance et de générer des recettes permettant de contrôler la qualité des produits et d’organiser la prévention et des actions de sevrage. Mais au delà de ces aspects pratiques, l’Etat est-il légitime à laisser des individus se détruire au motif qu’ils ne nuisent qu’à eux même ? Certains libéraux, inspirés par John Stuart Mill, défendent qu’hormis les fous et les enfants les individus sont pleinement responsables de leurs actes et que leur liberté doit être respectée.

La question soulevée ici est celle de l’esclavage que Mill a également abordée. Un homme qui fait usage de sa liberté pour signer un contrat où il se vend lui-même comme esclave, ou, ce qui revient au même, qui décide de consommer une drogue addictive dès la première prise sans possibilité de sevrage, renonce définitivement à son statut d’homme libre. Pour Mill le contrat n’engage plus un homme libre mais un esclave, ce qui le rend immédiatement invalide. L’intervention de l’Etat devient alors légitime pour interdire le produit et poursuivre ses fournisseurs. En revanche, rien ne justifie la poursuite des victimes. La pensée de Mill peut donc être également utile pour justifier l’interdiction de certaines drogues. 

Ce raisonnement montre que le caractère addictif d’une drogue donne à l’Etat sa légitimité pour en interdire l’usage. On pourrait imaginer une réglementation modulée sur ce seul critère avec aux deux extrèmes l’interdiction de l’héroïne et l’autorisation du cannabis.

Voyages d’un philosophe aux pays des libertés

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