Les chemins de la philosophie – Confucius – Deuxième volet

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L’importance des rites chez Confucius

Adèle Van Reeth reçoit :

Rémi Mathieu,

directeur de recherche émérite au CNRS, professeur de philosophie chinoise et de l’histoire de l’Antiquité chinoise.

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Après avoir tenté de cerner qui était Confucius, intéressons nous à un élément clé de sa pensée : les rites.

Les rites ont une importance majeure dans les enseignements de Confucius. Comme définit-on un rite ? Les rites comme toutes les notions de la philosophie chinoise ne sont jamais définis. Lorsqu’on interroge un philosophe chinois sur le sens d’une notion ou d’un concept, il l’illustre par des exemples concrets et sa réponse diffère selon le moment, la situation ou l’interlocuteur. Les Entretiens rapportent qu’à sept reprises, des disciples demandèrent à Confucius ce que signifiait faire preuve d’humanité, concept central de sa pensée, et que sa réponse fut chaque fois différente. A l’un de ses disciples, Confucius répondit une première fois : au début c’est difficile, mais à la fin on y arrive quand même. Lorsque ce même disciple lui posa la question à nouveau, le maître répondit  faire preuve d’humanité c’est aimer autrui, ramassant en quelques mots le souci d’autrui qui habite sa doctrine, de façon assez similaire au christianisme.

Quel lien Confucius établit-il entre les notions d’humanité et de rites ? Confucius pense que les relations entre les hommes sont avant tout gérées par des marques extérieures de respect. Les rites, qui traduisent le respect de l’acteur envers son interlocuteur et l’invite à un respect réciproque, permettent des relations harmonieuses, sans excès d’agressivité ni proximité déplacée, préservant l’équilibre social et politique. 

Confucius attribue aux rites les principales fonctions suivantes : 

  • ils éduquent à la civilité et font accepter la hiérarchie, indispensable à la bonne marche de la société, en évitant les troubles qui sont, aujourd’hui comme hier, la hantise des dirigeants chinois,
  • ils véhiculent une éducation morale visant un comportement éthique. Avec d’autres pratiques telles que l’étude de la musique ou des textes classiques, ils participent à inculquer les bonnes valeurs,
  • ils permettent de canaliser les émotions lors des deuils, des mariages, des naissances, d’accords  politiques, de guerres…. mais aussi de susciter les émotions au bon moment, entrainant l’ensemble de groupe dans la joie ou la tristesse.

Xun Zi, un des principaux héritier de Confucius est allé plus loin. Alors qu’il voyait dans les désirs inassouvis des germes de troubles qui sont, depuis toujours, la hantise des dirigeants chinois, il affirma que les rites auraient été institués par les anciens rois pour rendre ces désirs inoffensifs. 

Les rites ne présentent-ils pas l’inconvénient de brider la nature humaine, de dissoudre dans le groupe la singularité de chaque individu ? Ce reproche a été fait au confucianisme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Sa conséquence directe sur le plan politique est d’avoir rendu la Chine étrangère à l’idée de démocratie. Mais il serait caricatural de voir dans la pensée de Confucius la défense du despotisme, des châtiments, et d’une éducation morale sclérosée et il parait utile d’apporter quelques précisions de contexte :

  • l’œuvre de Confucius s’inscrit dans un contexte politique politique précis. A une époque charnière entre la période dite des printemps et des automnes, qui dure du milieu du VIIIe siècle au milieu du Ve siècle av. JC, et celle plus sanglante dite des royaumes combattants, Confucius recherche un prince vertueux qui, par un comportement moral, rétablirait l’harmonie perdue,
  • Confucius, qui a une idée concrète du pouvoir, ayant occupé le poste de ministre du la Justice du pays de Lu, défend l’idée que le peuple et le prince doivent nourrir un amour réciproque. Il est plus important que le peuple sente l’amour de son prince que de savoir si la loi est bien écrite ou bien appliquée,
  • Confucius est en cela suivi et même dépassé par Mencius, un autre de ses disciples, qui affirme que le peuple est ce qu’il y a de capital dans la gestion politique, plus que l’Etat et que le prince. Il s’oppose ainsi à d’autres écoles de pensées chinoises de l’antiquité. Par exemple, les légistes de la dynastie des Qin plaçaient l’Etat au dessus de tout, ne voyant dans le peuple que chair à canon et force de travail.

Ainsi, le confucianisme, bien qu’il ignore la démocratie, prône une morale basée sur le souci du peuple.

Confucius n’a pas trouvé le prince qu’il cherchait mais sa vie n’a pourtant pas été un échec. Confucius a manqué ses objectifs politiques mais il a réussi sa postérité. A sa mort, ses disciples se sont divisés en huit écoles souvent hostiles entre elles. La doctrine de Mencius a finalement été adoptée par la dynastie des Han qui régna entre 206 et 220 av.JC et donna à l’empire ses structures politiques et administratives définitives.

L’enseignement de Mencius partait de la thèse que l’homme était foncièrement bon, s’opposant à celle de Xun Zi, convaincu que l’homme naissait mauvais et que seule la culture de soi, l’étude des rites et des textes classiques, pouvait le rendre meilleur. 

En revanche, l’ensemble des héritiers de Confucius s’accordent sur le fait que l’homme est perfectible et qu’il faut l’inviter à exprimer ses potentialités et, grâce à l’aide d’un maître, à progresser sur le plan intellectuel, moral, de la connaissance de soi et des autres et, au delà, sur la gestion politique du monde, car la philosophie de Confucius est avant tout politique.

Dans quelle mesure les rites se distinguent des lois ? D’une part, les rites délivrent une éducation morale, d’autre part, les lois fixent les punitions afin de protéger l’ordre social, sans visée éducative. La pensée confucianiste affirme la nécessité de distinguer l’éducation morale et les lois même si certains auteurs confucianistes, très minoritaires, considèrent que l’application de la loi peut aussi viser l’éducation. 

Le prince est considéré par les textes confucianistes comme un éducateur. Il éduque les hauts dignitaires, conseillers, ministres…  charge à eux d’éduquer le peuple. Si cette éducation n’a pas permis d’éviter les mauvais comportements, alors seulement la loi sera appliquée pour sanctionner.

Le souverain est-il garant à la fois des rites et des lois ? Le souverain est garant des rites avant toute chose. Les lois changent selon les besoins alors que les rites ont été établis aux temps anciens par des rois sages et vertueux. Le souverain est considéré dans la pensée confucianiste comme le père et mère du peuple. On peut faire un parallèle entre la fonction du père, chef de famille et responsable du culte des ancêtres, et celle du souverain, maître du culte religieux et de sa population pour les activités militaires, le calendrier agricole…

Les rites sont immuables et s’appliquent à tous, du souverain à l’homme ordinaire. En cela, ils sont plus importants que les souverains qui eux sont mortels. Le respect des rites à la cour comme au sein de la sphère familiale n’est pas une question de geste mais de vie ou de mort. Prendre des libertés avec les rites conduit à détruire la société, familiale ou nationale. Le livre des rites est ainsi un livre canonique. Il consigne les paroles, les habits, les comportement qui conviennent en chaque circonstance. 

En quoi ce livre est-il canonique ? L’histoire officielle affirme que Confucius a relu et édité les cinq livres canoniques : le livre des poèmes, le livre de la musique, le livre des rites, le livre de l’histoire et le livre du changement. Lorsque la dynastie des Han a choisi le confucianisme comme doctrine de l’Etat, ces cinq livres sont devenus la littérature obligatoire de tous les lettrés et la base des concours de recrutement des mandarins chargés d’administrer l’Etat. La société chinoise a été structurée, depuis les Han jusqu’à nos jours, mentalement idéologiquement et philosophiquement par ces livres censés avoir été édités par Confucius selon ses valeurs d’humanité et de bienveillance.

 

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