Le festival sans films de Cannes

Plutôt que de passer la nuit debout place de la République, certains préfèrent poireauter devant le palais des festivals, à Cannes. Le code du travail ils s’en foutent, ils veulent voir des stars, sentir s’intensifier la vie telle la gravité à l’approche d’une étoile, rêver devant l’étalage outrancier d’un bonheur de surface. Il faut dire que la ferveur populaire est copieusement entretenue par des médias qui saturent les rubriques culturelles avec cet événement exceptionnel de récurrence annuelle.

Mais qu’est ce que le Festival de Cannes pour un simple mortel ? Un bâtiment en béton appelé Palais des Festivals qui défigure le quartier et le littoral, la retransmission d’une cérémonie d’ouverture avec des mots d’esprit savamment calibrés, un ballet de voitures de luxe, des stars en smokings et en robes de couturiers montant les marches dudit palais et qui, avec condescendance, comblent la foule de bonheur par des sourires grimaciers, des interviews sibyllins, des journalistes qui nous tiennent régulièrement informés des films projetés et de l’accueil de la salle. Et puis, au bout d’une bonne dizaine de jours, une cérémonie de clôture avec des larmes, des récompenses et des stars qui ne lésineront pas, avant de s’envoler pour Hollywood, sur les déclarations audacieuses à propos de la misère dans le monde, du réchauffement climatique et du rôle majeur du cinéma.

Mais au fait, et le cinéma dans tout ça ? Les films de la compétition sont projetés pour des invités triés sur le volet, des gens du métier, des journalistes. Le populo qui paye sa place les verra plus tard. Dans quelques semaines ou dans quelques mois. Mépris du public ? Bien sûr que non voyons ! Mais la sortie simultanée de tous ces films à une période aussi peu propice pourrait affecter les recettes. L’amoureux du cinéma lambda devra donc se contenter des miettes, d’un festival du film sans film.

Imaginerait-on le Festival d’Avignon où l’on ne pourrait voir aucune pièce, le Printemps de Bourges où l’on n’entendrait que les interviews des musiciens ou la coupe du monde de football où les rencontres ne seraient pas visibles avant six mois, seule la remise du trophée étant retransmise en direct ? Et bien le tour de force des médias est de réussir à ce que le grand public se passionne pour le Festival de Cannes en sachant qu’il n’y a rien à voir du sujet sur lequel il porte. Seulement de la bêtise.

Mais, me direz-vous, le Festival de Cannes est avant tout un salon pour les professionnels, vous ne pouvez pas imaginer les contacts et les projets qu’il permet. Peut-être, mais alors il ne faut pas demander au public d’y prêter plus d’intérêt qu’au salon de la robinetterie où sont présentés à des professionnels de la plomberie les articles qui seront d’ici quelques temps installés dans les salles de bains.

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