Voyages d’un philosophe aux pays des libertés : le microcrédit à Lima – Gaspard Kœnig

Voyages d’un philosophe aux pays des libertés : Le microcrédit – Lima

Au Pérou, le microcrédit a ouvert la porte du capitalisme à deux millions de personnes, parmi les plus démunies. Ce dispositif, basé sur la confiance et des contacts serrés entre emprunteurs et créanciers, permet à des couturières, des éleveurs, des cuisiniers ou des cireurs de chaussures de commencer une activité à leur compte en achetant une machine à coudre, quelques bêtes, des boîtes alimentaires ou  simplement une brosse.

Aucune garantie n’est demandée. Pourtant les défauts sont inférieurs à 5 %. 

Il ne s’agit toutefois pas d’une solution miracle. Le développement des micro-affaires est très lent et les réussites spectaculaires restent des exceptions. Beaucoup d’emprunteurs tombent dans le surendettement à la suite de mauvaises affaires. Les taux d’intérêts annuels peuvent atteindre 60 % voire 100 %. La libre concurrence a néanamoins permis de limiter le taux moyen à 35 %, un niveau raisonnable au vu du contexte.

Le microcrédit et le capitalisme auquel il donne accès ont leurs théoriciens et leurs défenseurs. Ces libéraux veulent un capitalisme non pas réservé à une élite mais donnant aux plus pauvres les moyens de vivre décemment. Pour Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank au Bengladesh et prix Nobel de la paix en 2006, le péché originel de l’organisation bancaire actuelle est d’exiger un collatéral, des garanties, alors que sa fonction première devrait être de créer de la confiance. Le microcrédit corrige ce défaut. Hernando de Soto, intellectuel et économiste péruvien, défend le capitalisme en plaidant avant tout pour la régularisation des avoirs des plus pauvres en commençant par l’établissement d’un cadastre et l’attribution à chaque habitant de bidonvilles d’un titre de propriété.

Mais le capitalisme a également ses sceptiques. Thomas Piketty, lointain héritier de Marx, a démontré que le rendement du capital, r, était supérieur à la croissance économique g, selon la formule r > g. Cette réalité conduit à l’augmentation des inégalités dans la mesure où les 50 % les plus pauvres de la planète se partagent 5 % du capital mondial. Pour corriger ces effets, Piketty propose une taxation progressive du capital. Deux objections peuvent lui être faites. Tout d’abord la justice sociale n’est synonyme d’égalité des conditions. En outre, il élude, comme généralement les sciences économiques, la nature et les modalités de constitution du capital qu’il assimile au patrimoine c’est à dire aux biens possédés.

Pourtant, les notions de bien et de capital sont très différentes. Un bien est statique, mort. La non-pratique de sa possession la rend caduque : l’occupant d’une barraque d’un bidonville perd ses droits s’il cesse de l’habiter. En ravanche, le capital est une représentation du bien qui peut circuler dans les systèmes d’échanges anonymes et produire de la richesse. Pour Hernando de Soto cette transformation d’un capital mort en capital vif, notamment par la régularisation des occupations foncières précaires, permettra aux plus pauvres d’accéder au capitalisme et de profiter de ses bienfaits. Mais transformer un bien en capital est parfois difficile : il faut renoncer à l’attachement sentimental et substituer à la chose sa représentation échangeable.

Plutôt que de combattre le capitalisme au nom de l’égalité, il parait plus prometteur de le rendre accessible à tous afin que chacun puisse exercer une activité lui permettant de vivre dignement. Le microcrédit et la création d’un cadastre mondial vont dans ce sens. La révolution numérique peut aussi jouer un rôle majeur et transformer en capital, au travers de plateformes de services, nos maisons, nos voitures et, pourquoi pas, un jour, nos données personnelles dont nous pourrions faire payer la diffusion. Une vraie révolution.

Voyages d’un philosophe aux pays des libertés

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