Commentaire de lecture : Souvenirs de Versailles pendant la Commune – Léonce Dupont

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La Commune de Paris s’est terminée par ce qu’il est convenu d’appeler la semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871, pendant laquelle plusieurs dizaines de milliers de parisiens, combattants ou gens ordinaires, ont été massacrés. Les communards ne pouvant contenir l’avancée de l’armée de Versailles exécutèrent une centaine d’otages et incendièrent plusieurs bâtiments parisiens dont les Tuileries. Les récits de ces événements tragiques proviennent généralement de personnes ayant participé au soulèvement ou en ayant été les témoins intra-muros. Léonce Dupont nous livre dans son ouvrage la vision d’un journaliste hostile à la Commune qui a vécu les événements de l’extérieur. 

Ce point de vue s’annonce précieux : après la description de la sauvagerie de l’armée de l’ordre, on a envie de dire La parole est à la défense. M. Thiers, le maréchal de Mac-Mahon et tous les généraux qui ont pris part à cette guerre civile ont-t-ils considéré que la Commune devait être anéantie pour tenir les engagements de la France vaincue envers les Allemands ou pour restaurer l’ordre républicain ? Fut-ce la mort dans l’âme que le Président du pouvoir exécutif engagea un combat contre des Français qui n’avaient pas livré leur ville aux Allemands et qui voulaient poursuivre la lutte contre l’envahisseur ? Des réponses à ces questions sont indispensables pour mettre en perspective les événements et tenter de se faire une idée la plus juste possible du rôle de chacun. 

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Tout d’abord, celui qui attend une réponse à la question Pourquoi ? est vite déçu. Léonce Dupont ne fait aucune d’analyse des causes du soulèvement. Il ne parle pas de la vie du petit peuple de Paris, n’essaie pas de comprendre son aspiration au progrès social ne fut-ce pour la critiquer. A aucun moment il ne traite des conditions de vie dans Paris assiégé par les Allemands, de la misère ni de la condition ouvrière au XIXe siècle. Il n’a que du mépris pour les prisonniers en haillons qui arrivent à Versailles sous les huées de la foule. L’ordre social a été bousculé, il faut le rétablir et point n’est besoin d’expliquer ou de justifier cette entreprise.

En revanche, Léonce Dupont fait une analyse intéressante des effets de l’esprit révolutionnaire sur la société française de la fin du XIXe siècle : il le tient pour responsable de la chute du Second Empire, de l’avènement de la République du 4 septembre, de la Commune et de l’échec du retour de la monarchie. A son grand regret, il le voit poursuivre son œuvre dans le retrait des symboles religieux des lieux publics et dans le renoncement à la morale de l’Eglise au sein de la société.

Les descriptions de la vie à Versailles et dans ses environs sont riches d’enseignements sur l’état d’esprit qui y règne. Les parisiens exilés ne sont préoccupés que par leur bien-être, par la poursuite de leur vie sociale et culturelle ainsi que par les valeurs et les biens qu’ils ont laissées dans la capitale. Fort heureusement, ils ont très vite retrouvé leurs habitudes mondaines et leur séjour versaillais ne semble pas trop pénible. Les distractions ne manquent pas : spectacles, cafés, restaurants, cercles et clubs. Une foire où l’on peut manger de délicieuses gaufres s’est même installée pour faire passer plus vite ces moments pénibles. Et puis, lors des belles journées de printemps, la curiosité pousse les plus intrépides sur les hauteurs où ils peuvent voir tirer les canons de l’armée versaillaise puis examiner à la longue-vue les dégâts produits.

Léonce Dupont nous éclaire aussi sur l’état d’esprit et le comportement des hommes au pouvoir. Il décrit un M. Thiers qui apprécie au plus haut point son double statut de chef de l’Etat et de chef de guerre. A sa décharge, il n’était pas favorable à la guerre dans laquelle s’était engagé Napoléon III en 1870, jugeant la France insuffisamment prête. En outre, il a obtenu des Allemands que Belfort reste en France après la défaite. Mais une fois l’accord passé, il n’est nullement ému d’avoir à faire tirer sur des français pour tenir ses engagements. La mort de dizaines de milliers de parisiens ne l’affecte pas. Seule la nouvelle de la destruction de sa maison et surtout de la disparition de ses collections d’art produisent chez lui une réelle émotion allant jusqu’à lui tirer des larmes. Quant au Maréchal de Mac-Mahon et aux généraux de l’armée qui ont montré l’étendue de leur incompétence contre l’Allemagne, cette guerre civile contre leurs compatriotes est l’occasion de retrouver le chemin de la gloire. Cette fois-ci au moins la victoire est assurée. Il ne s’agit que d’une question de temps. Qui pouvait croire en effet que le soulèvement de Paris renverserait le gouvernement ?

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En conclusion, Léonce Dupont ne s’intéresse pas à la question pourquoi. Pourquoi la Commune ? Pourquoi une telle cruauté de la part de M. Thiers et de son armée ? La question ne se pose pas. L’ordre naturel des choses et les valeurs morales véritables sont en péril, il faut les défendre. Expliquer pourquoi serait faire un pas en direction de la Commune. Trahir. La réponse à la question Comment ? suffira. Cette réponse nous éclaire néanmoins sur la haine violente que la bourgeoisie parisienne en exil voue au petit peuple de Paris qui s’est soulevé et sur le danger de tels sentiments. La haine est contagieuse. Comment ne pas considérer que Versailles a une part de responsabilité dans l’incendie des Tuileries et l’exécution des otages ? Enfin, il apparait clairement que La Commune donne à des généraux incompétents, une occasion inespérée de gagner contre des Français la guerre qu’ils ont perdue contre les Allemands.

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