Greta Thunberg, les jeunes et le réchauffement climatique

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Greta Thunberg

Greta Thunberg est, à 16 ans, un personnage central de l’Écologie sur la scène internationale. Elle est la porte-parole d’une jeunesse qui se déclare angoissée par l’avenir de l’humanité sur la Terre, un exemple pour les lycéens et les collégiens qui suivent son appel Friday For Climate et ne vont pas en cours le vendredi, un modèle pour certains jeunes qui, comme elle, sont prêts à sacrifier leurs études pour appeler l’attention des dirigeants politiques sur l’imminence d’une catastrophe climatique.

L’état des lieux

Que dit Greta Thunberg aux décideurs, aux parlementaires et aux chefs d’État ? Écoutez les scientifiques qui nous préviennent que nous avons presque épuisé le budget d’émissions de gaz à effet de serre correspondant à un réchauffement du climat de moins de 1,5 °C et qu’une élévation de la température moyenne mondiale au-delà de ce seuil auraient des conséquences catastrophiques. Au lieu de proférer des incantations et des paroles creuses, de faire des promesses que vous savez ne jamais devoir être tenues, agissez ! Elle demande aux dirigeants des pays riches de renoncer à la croissance et au luxe rendus possibles par la souffrance des pays pauvres et déclare : Si les solutions au sein du système sont impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même, ou encore, au sommet de Davos en 2019 : Les adultes disent qu’il faut donner de l’espoir aux jeunes… Je ne veux pas de votre espoir, mais je veux que vous commenciez à paniquer.

Par souci de cohérence, lorsqu’elle intervient dans différentes manifestations, devant un parlement ou au sommet pour le climat à l’ONU, Greta Thunberg se déplace par des moyens peu émetteurs en gaz à effet de serre. Ses longs trajets en train ou sa traversée de l’Atlantique en voilier sont autant d’occasions de promouvoir une autre façon de vivre, un autre rapport au temps.

Invitée à faire une intervention devant des parlementaires à l’Assemblée Nationale le 23 juillet 2019, elle a donné quelques chiffres chocs : d’après le GIEC, au 1er janvier 2018, le budget d’émissions de gaz à effet de serre correspondant à une probabilité de 67 % de chances de limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 °C était de 420 Giga tonnes d’équivalent CO2. Sachant que les émissions mondiales annuelles sont de 42 Giga tonnes d’équivalent CO2, si rien n’est fait pour les réduire, il reste, au moment où elle parle, c’est à dire à mi année 2019, un peu plus de 8 ans avant de franchir le point de non-retour. Si l’on abaisse la probabilité de 67 à 50 %, le budget restant est de 580 Giga tonnes d’équivalent CO2, ce qui ne nous donne que quelques années de plus.

Des phrases claires, des exemples éloquents, un ton dramatique et froid, le problème est posé. Malheureusement, quand on lui demande comment s’y prendre pour réduire les émissions, ce qu’elle pense des accords commerciaux internationaux, quel système substituer au nôtre pour réduire les gaz à effet et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, elle répond qu’elle n’a pas d’avis, qu’elle ne fait pas de politique et que c’est aux dirigeants de prendre les décisions nécessaires.

Eux et nous

Greta Thunberg et les quelques jeunes qui activement relaient son message à travers le monde s’adressent aux dirigeants et aux représentants politiques, aux chefs des grandes entreprises avec un aplomb et parfois une agressivité qui traduisent, il faut le reconnaître, un certain courage. Mais leurs interlocuteurs sont-ils les bons ? Cette stratégie médiatique spectaculaire ne produit-elle pas un effet pervers en désignant comme les uniques responsables de la situation une élite qui ne doit son statut qu’aux désirs et aux caprices du plus grand nombre ?

Les dizaines de milliers de lycéens et de collégiens qui manifestent pour le climat et hurlent des slogans contre ceux qu’ils accusent de leur voler leur avenir ont-ils réfléchi à leur propre impact carbone ? Celui qu’induit l’usage intensif des réseaux sociaux, des courriers électroniques et de l’Internet ? Celui de la fabrication de leurs téléphones toujours plus beaux et plus puissants qu’ils changent régulièrement ? Celui de leurs bonnes affaires et de leurs achats compulsifs en ligne livrés à domiciles depuis l’Asie grâce à des procédés industriels et des moyens de transports bien peu respectueux de l’environnement ? Celui de leurs nombreux voyages en avions que permettent les compagnies aériennes low cost ? Celui de leurs déplacements en voiture, avec leurs parents lors des chassés-croisés des vacances ou après avoir passé le permis à 18 ans comme il se doit ? Celui de leur consommation massive de viande, de burgers, de croquettes de poulet, de kébabs ?

Le discours de Greta Thunberg et de ses amis conduisent nos jeunes militants du vendredi à considérer deux camps opposés : d’un côté les dirigeants politiques, lâches, cupides et incompétents, qui nous conduisent vers l’abîme, les firmes industrielles prêtes à condamner l’humanité pour faire du profit ; de l’autre les jeunes qui ont pris conscience des enjeux et qui essaient de réveiller le bourgeois décérébré. Ils ne voient pas qu’ils font partie du système et qu’ils en constituent même un maillon indispensable.

Que peut faire un gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Taxer de façon dissuasive les voitures, les carburants, les voyages en avion, les croisières, les moyens de communication ? Les interdire ? Accorder des quotas à ses citoyens ? Qu’adviendrait-il d’un gouvernement qui tenterait de rompre le bel équilibre entre l’offre et la demande dans une économie de marché ? Il serait balayé ou devrait mettre en place un système répressif que l’histoire nous a appris à redouter.

Pour une action efficace

L’économie marche sur deux jambes : l’offre et la demande. L’offre est aux mains de multinationales sans scrupules ? Sans doute. Mais la demande appartient aux consommateurs et leur pouvoir est immense, à condition qu’ils s’en saisissent. Imaginons que Greta Thunberg, grâce à la renommée et à l’image qu’elle a acquises, invite tout le monde à retourner en cours, l’ignorance n’a jamais résolu aucun problème, et organise des Fridays For Climate, des Weeks For Climate, des Months For Climate en appelant la jeunesse à ne pas utiliser de véhicules individuels, à ne plus manger de viande, à ne pas partir en vacances au bout du monde. Imaginons que Greta Thunberg appelle ceux que son discours inspire à abandonner la consommation compulsive et inconsidérée pour n’acquérir que l’utile fabriqué au plus près et acheté dans un vrai magasin, à boycotter les marques qui pratiquent l’obsolescence programmée ou produisent des articles nécessitant un remplacement régulier. De telles exigences de la part de la jeunesse modifieraient radicalement la demande et il ne fait aucun doute que l’offre, attirée par l’appât du gain, voudrait la satisfaire.

*

Plutôt que de rejeter la faute sur les autres, les dirigeants, les puissants, les multinationales… la jeunesse construirait son avenir, développerait sa conscience politique, partagerait des valeurs au niveau mondial. Les jeunes du vendredi montreraient la sincérité de leur engagement et qu’ils sont capables de faire plus que s’octroyer des weekends de trois jours pour stopper le réchauffement climatique. Au prix du sacrifice du superflu, ils changeraient le monde.

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