Répétition générale avant la fin du monde

Le réchauffement climatique commence à se faire sentir. Les records de chaleur sont battus régulièrement, les phénomènes météorologiques catastrophiques se multiplient, la banquise fond, le permafrost disparait… l’heure est grave. Nos modes de vie, partout dans le monde, vont devoir être modifiés radicalement, de gré ou de force.

Beaucoup affirment que pour limiter les dégâts tant qu’il est encore temps il faudrait que chaque citoyen des pays développés adopte volontairement une vie sobre, passant par une consommation raisonnée et des déplacements limités, quelle qu’en soient les conséquences économiques.

Le modèle proposé est un équilibre instable. Ainsi, si tout le monde renonce aux biens de consommations, aux voyages, à une alimentation irraisonnée mais aussi dans une large mesure à la culture, à l’éducation, à la santé et à la protection sociale qui caractérisent nos sociétés, un nouveau monde verra le jour dans lequel le réchauffement climatique sera limité. En revanche, si quelques personnes refusent à faire les sacrifices nécessaires, le phénomène pourquoi eux et pas moistoppera net la dynamique.

Renoncer à notre façon de vivre dans les pays développés est d’autant plus difficile que le réchauffement ne s’y manifeste généralement pas au quotidien. La démarche relève de l’altruisme : il s’agit de sauver les populations de pays lointains ainsi que les générations futures.

Enfin, dans la lutte contre le réchauffement climatique, les jeunes, à les croire, semblaient avoir pris toute la mesure des enjeux, renonçant parfois à aller en cours le vendredi pour participer à des marches pour le climat et faisant bourdonner les réseaux sociaux de reproches à l’encontre des boomers, ces irresponsables qui en dépensant sans compter les ressources naturelles et en massacrant la nature auraient rendu la planète invivable.

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La crise sanitaire du COVID présente bien des analogies avec celle du réchauffement climatique, bien que ses enjeux soient moindres.

Tout d’abord, la maladie est apparue en Chine et a diffusé dans le monde du fait des échanges internationaux. Arrêter l’épidémie passait logiquement par une limitation des voyages. Aucune mobilisation citoyenne, comme on dit aujourd’hui, ne s’est manifestée pour renoncer aux voyages en avion et il a fallu attendre la suppression des vols pour qu’ils prennent fin.

Puis, après la première vague de la maladie qui a donné lieu à un confinement dans plusieurs pays, généralement accepté et respecté, les dispositions prises en France pour faire face à la deuxième vague, notamment le couvre-feu et la fermeture des bars dans certaines grandes villes, font polémique pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les conséquences sociales du confinement et de la crise sanitaire ont commencé à se manifester. Des entreprises ont licencié. Les secteurs de l’événementiel, de la restauration et du spectacle sont particulièrement touchés. La perspective d’une crise économique généralisée, autre nom de la décroissance, devient probable. Chacun redoute ce scénario. Comment imaginer que nous choisirons de plein gré le modèle de société permettant de limiter le réchauffement climatique en contrepartie de l’effondrement de l’économie.

Ensuite, on a appris que le COVID n’est généralement pas dangereux pour les jeunes. Alors, ceux-là mêmes qui, pétris d’altruisme, semblaient pleinement conscients des enjeux climatiques et prêts aux plus grands sacrifices pour le bien de l’humanité présente et future, veulent continuer à sortir le soir et à faire la fête au risque de contaminer leur entourage. Ce n’est quand même pas les boomers qui vont leur faire la leçon !

Enfin, les dispositions prises pour limiter la propagation de l’épidémie en France sont qualifiées de liberticides, mot très à la mode pour justifier un foutez-moi la paix je fais ce qui me plait, par ceux qui refusent d’être infantilisés. Pourtant, la recrudescence de la maladie montre qu’à l’échelle de la population, l’esprit de responsabilité est loin d’être général.

L’équilibre instable nécessaire pour lutter contre la diffusion du COVID étant impossible à atteindre, l’État a dû prendre des mesures autoritaires et décider d’un équilibre stabilisé par de la coercition. Les mesures imposées tentent de ménager les intérêts de chacun et présentent de ce fait de nombreuses incohérences. Il s’en dégage néanmoins une volonté de répondre au désir du plus grand nombre : sauver notre modèle de société fondé sur l’économie. Foin de la décroissance et d’un monde d’après, en fait personne ne veut rien changer.

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La crise du COVID nous aura montré, comme une piqure de rappel après les catastrophes entrainées par le marxisme qui promettait une société sans État et comme un antidote contre l’angélisme qui précède la crise climatique, qu’un équilibre instable, aussi séduisant soit-il, n’est qu’un mirage. Une organisation dans laquelle chacun sans exception fait volontairement des sacrifices au profit d’un intérêt collectif diffus sans espoir de récupérer son investissement ne peut pas exister.

Le refus de renoncer aux fêtes entre amis pendant quelques mois pour protéger ses proches plus âgés laisse peu d’espoir concernant l’acceptation des immenses sacrifices nécessaires pour limiter le réchauffement climatique afin de protéger les abstractions que constituent la population mondiale et les générations futures.

En extrapolant cette logique aux décennies à venir, deux issues semblent possibles : soit un réchauffement incontrôlé entrainant des changements radicaux des modes de vies actuels, s’accompagnant de conséquences indirectes telles que des famines, des guerres et des mouvements de populations sans précédents, soit des bouleversement politiques conduisant à des dictatures visant à imposer par la force les mesures nécessaires à limiter le réchauffement. Il reste pourtant un espoir : la technologie. De la même façon que l’économie de marché a réduit la pauvreté dans le monde afin d’étendre son emprise et de prospérer, on peut encore espérer qu’elle saura faire face à la crise climatique qui la menace. Mais on a souvent tort d’extrapoler.

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