Le passe-sanitaire : liberté ou servitude ?

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Les manifestations contre le passe-sanitaire occupent désormais chaque samedi les artères et les places des grandes villes aux cris de Non à la dictature sanitaire, de vacciné à la liberté, ou encore de liberté de choix égalité des droits, en somme liberté, liberté, liberté !!! sans parler des lamentables comparaisons entre la vaccination et la Shoah par des abrutis et des négationnistes à l’affut de toutes les occasions de banaliser les crimes de la seconde guerre mondiale. Mais restons-en à ceux qui contestent simplement le principe du passe-sanitaire.

Que nous disent les manifestants ? Chacun doit être libre de se faire vacciner s’il le souhaite et personne ne peut m’obliger à le faire. Non à la dictature sanitaire. Il en va de ma liberté personnelle, liberté, liberté, liberté !!! Ils souscrivent ainsi au postulat des libéraux radicaux selon lequel la liberté individuelle totale conduit forcément, par une mystérieuse alchimie politique, à la liberté collective. Pourtant, dans les cortèges et parmi les personnage politiques qui en prennent la tête, rares sont ceux qui enfourchent la monture libérale. Si tel était le cas, ils devraient militer également pour la disparition de la Sécurité Sociale, de Pôle Emploi, des Allocations Familiales… bref de toutes les structures qui organisent la solidarité nationale. En effet, les impôts et les cotisations obligatoires nécessaires au fonctionnement des organismes publics privent les contribuables et les cotisants de leur liberté de dépenser comme ils l’entendent l’argent qu’ils ont gagné. Liberté, liberté, liberté !!! Mais curieusement, nos manifestants défendent tout à la fois la liberté vaccinale et la contrainte fiscale.

La perspective politique à laquelle nous sommes habitués est sociale : la plupart des pays démocratiques sont organisés sur le plan financier pour que les citoyens de toutes les catégories sociales puissent vivre et que le niveau de vie global augmente. Dans le cas du COVID, le gouvernement doit également organiser le pays pour que chacun puisse y vivre, mais la richesse ne se mesure plus en euros mais en capital santé. Le gouvernement demande pour cela que les riches en santé, les bien-portants, partagent un tout petit peu de leur capital, en se faisant vacciner, au profit des plus précaires : les personnes âgées, obèses, atteintes de pathologies qui les rendent vulnérables ainsi que d’une part non négligeable de ceux qui se pensaient hors de danger. La perspective a changé. Certains de ceux qui bénéficiaient de la solidarité nationale sur le plan financier se trouvent être ceux à qui l’on réclame une contribution sanitaire consistant dans la vaccination. De même, certains de ceux qui fustigeaient l’État lui reprochant de les priver par l’impôt et les différentes cotisations de la liberté de disposer d’une partie du fruit de leur travail réclament désormais à bénéficier de la solidarité nationale.

Comment défendre la liberté qui est la première valeur de notre devise ? Chaque individu doit-il être libre de choisir les substances qui entrent dans son corps ? Doit-il être libre de vaquer à ses occupations et gagner sa vie en sécurité, avec un minimum de risques d’être contaminé par le virus ? Une particularité du vaccin est de n’être efficace qu’à environ 75 %. Ce taux rend nécessaire la vaccination d’une part importante de la population pour obtenir des résultats à l’échelle du pays. Il exclut notamment la stratégie consistant à ne vacciner systématiquement que les personnes vulnérables. Le choix de chacun a des conséquences qui dépassent sa propre personne et la liberté de refuser la vaccination a des conséquences liberticides à court terme, telles que la diffusion de la maladie, la saturation des hôpitaux, l’effondrement économique du pays dont la prospérité permet en particulier de soigner et de vacciner tout le monde gratuitement. Mais le combat est inégal : d’un côté, des gens en chair et en os qui refusent d’être vaccinés, de l’autre, des victimes statistiques qui ne peuvent connaître le responsable de leur contamination pour lui dire Votre liberté me prive de la mienne.

Le passe-sanitaire est une réponse, sans doute imparfaite, visant à faire droit à tous ces intérêts contradictoires. Il s’inscrit ainsi dans une logique de solidarité nationale dont l’État est le garant. Il reconnait la liberté de ceux qui ne veulent pas être vaccinés, de ceux dont l’état de santé fait craindre des complications s’ils contractent le COVID ainsi que ceux qui sont simplement désireux de retrouver une vie normale et de gagner leur vie. Le passe-sanitaire n’oblige, en effet, personne à se faire vacciner. Son principe consiste simplement à faire en sorte que ceux qui refusent la vaccination assument leur choix. Il trouve sa légitimité dans l’idée que la liberté collective n’est pas la somme des libertés de chacun mais une construction visant un point d’équilibre qui permet à chacun de faire ses choix de façon responsable, en en assumant les conséquences.

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